Cette mort prématurée qui ébranle la foi

3 11 2009

À la mort de Gaëlle, sa fille de 24 ans, emportée en un mois par une forme rare d’hépatite, Marie-Odile s’est « mise en colère contre Dieu ». À l’initiative des Fraternités franciscaines dont elle fait partie, une chaîne de prières avait été organisée pendant l’hospitalisation de Gaëlle. Brutalement, cruellement, la mort de sa fille l’a interrogée sur l’utilité de ces prières et de sa relation avec Dieu. « À ce moment, je l’ai placé très haut dans le Ciel, loin de moi. En outre, j’ai réinterrogé mes certitudes. Par exemple, j’avais toujours dit que je croyais en la Résurrection de la chair. Et puis le jour où j’ai réalisé au cimetière que le corps de Gaëlle s’était décomposé, je n’en étais plus sûre du tout. » Il faudra deux ans à Marie-Odile pour éprouver l’envie de se réconcilier avec ce Dieu qui avait toujours nourri sa vie de « catho ouverte ». « L’éloignement que je ressentais ne me satisfaisait pas. Je suis allée me confesser auprès d’un frère capucin. En larmes, il m’a dit que Dieu pleurait avec moi. Son émotion m’a fait vivre la compassion du Seigneur. Soudain, à travers cet homme qui m’accompagnait dans mon chagrin, j’ai redécouvert la force de l’incarnation. Dieu est redevenu proche de moi, comme avant la mort de ma fille. »

« Pourquoi lui, pourquoi nous ? »

Cédric, le fils de Marie-Odile, se dit admiratif de la foi de sa mère. « J’aimerais bien y croire, explique-t-il. Mais si Dieu existe, à quoi sert-il s’il n’a aucun pouvoir sur ce qui nous entoure ? Toutes les prières n’ont rien empêché… » Âgé de 18 ans à la mort de Gaëlle, il confie qu’il était porté par les valeurs catholiques de sa famille plus qu’il ne se les était appropriées. « Le décès de ma sœur m’a conduit, au bout de quelques mois, à me poser des questions que je n’avais jamais abordées. Jusque-là, je n’avais pas été touché personnellement par l’injustice de la souffrance. J’ai bien essayé plusieurs fois de “parler” à Gaëlle, d’être attentif aux éventuels signes de sa présence. Mais, non, rien… » N’est-il pas habité par l’espérance de retrouver après la mort celle qui est partie si vite ? « C’est une très belle idée, dit sans amertume celui qui, à 30 ans, est professeur de mathématiques, mais elle est trop belle pour être vraie. C’est une béquille inventée par les hommes pour supporter l’épreuve. Je vis très bien sans cela. Aujourd’hui, je ne peux pas me dire croyant, ce n’est pas ce que je ressens au fond du cœur. » À ces « pourquoi lui, pourquoi nous ? » qui surgissent dans la douleur de l’épreuve, Cédric et Marie-Odile ont choisi d’apporter des réponses différentes. Cette interrogation fondamentale, même fugitive, traverse tous les hommes et les femmes confrontés à un deuil.

Un Dieu « plus quotidien, plus proche de ma vie »

Framboise, dont la fille unique, atteinte de myopathie, est morte à 20 ans, n’a pas oublié les mots de son cousin, prêtre bénédictin. « Il m’a dit que j’avais le droit de crier ma colère contre Dieu puis il m’a indiqué le nom d’un prêtre. Celui-ci m’a écoutée longuement avant de me donner le nom de l’association Jonathan Pierres Vivantes, où je suis devenue écoutante. » Aujourd’hui, cette femme énergique a « retrouvé la foi », animée par l’idée que « l’amour est plus fort que la mort ». « Malgré la douleur du manque, il existe un lien indestructible », souligne-t-elle, convaincue qu’elle « retrouvera Marie-Christine dans la Maison du Père. » Athée, son mari ne partage pas ce sentiment. Il interpelle parfois son épouse sur « ce Bon Dieu qui a laissé mourir notre fille ». Pour trouver un soulagement à ces interrogations abyssales qui renvoient à l’inconcevable, Françoise, elle, a beaucoup cherché. « Je n’ai pas pensé tout de suite à Dieu, il m’a fallu dépasser la sidération qui m’a envahie pendant des mois. » Il y a tout juste dix ans, son fils de 24 ans a été assassiné par un camarade de promotion, qui s’est suicidé aussitôt après son geste. Au fil des mois, Françoise s’est nourrie d’innombrables lectures – de François Varillon à Michel Hubault en passant par Xavier Thévenot –, a poussé la porte d’un café théologique. Tout en retrouvant plus régulièrement le chemin de la messe, elle s’est rapprochée d’un Dieu « plus quotidien, plus proche de ma vie ».

«La force que nous avons puisée continue à nous porter»

Pierre-Emmanuel, dont la petite Corentine est décédée à quatre mois, dit même : « Avec ce drame, ma foi s’est incarnée davantage. J’ai compris que Dieu allait vraiment vers les plus fragiles que nous sommes. » Toutefois, pour Françoise comme pour beaucoup de personnes endeuillées, la prière se révèle encore difficile. Ce moment d’intimité impose une solitude, qui fait ressortir l’absence. Or, c’est dans le soutien des autres que les familles ressentent le plus vivement l’expression d’une présence. Le colonel Philippe Schmitt, dont la fille Anne-Lorraine fut tuée par un criminel récidiviste dans le RER en novembre 2007, en témoigne avec une simplicité bouleversante. « Le souffle extraordinaire de prière et de solidarité, qui a accompagné le décès d’Anne-Lorraine, est le signe de cette Présence. Il nous a procuré un formidable sentiment d’apaisement, avant d’atteindre son paroxysme le jour des obsèques : jamais nous n’aurions attendu une foule si nombreuse. La force que nous avons puisée à ce moment-là continue à nous porter. » Le colonel Schmitt avoue ne pas avoir éprouvé de révolte contre Dieu – « J’ai davantage de hargne contre la société des hommes qui a laissé survenir ce drame » – mais il a ressenti la nécessité d’entamer un parcours Alpha. Pour laisser survenir des questions, sans pour autant remettre en cause l’existence de Dieu.

«Quand je pense à mes enfants, je pense forcément à Dieu»

Plus que dans toute autre circonstance, la foi à l’épreuve du deuil suit une courbe qui épouse le doute, le découragement, autant que l’espérance. Gilles, éprouvé par le décès de son père à l’âge de 11 ans puis par la mort de sa première fille, handicapée mentale, a perdu son fils Benoît, il y a deux ans et demi, tué dans un incendie. Le soutien indéfectible de ses amis et de nombreuses rencontres inattendues le persuade toujours que Dieu se manifeste dans l’Autre. Le temps joue un rôle décisif dans l’évolution de la relation que chacun entretient avec Dieu. Sans cacher cette souffrance qui resurgit parfois – « nous n’avons pas des enfants pour qu’ils meurent » – Marie-Hélène s’émerveille de la force qui l’a accompagnée depuis le décès de Mathilde, morte subitement à trois mois. « L’épreuve que nous avons vécue, comme d’autres parents, est simplement inhumaine, elle n’est pas à notre échelle. Dieu n’aime pas la souffrance, j’en suis convaincue, mais il faut qu’Il nous aime comme un fou pour nous permettre de supporter cela. » Elle vit cette foi qui l’habite comme une « grâce ».  Florence Philipon, qui a perdu trois enfants dans le tsunami en 2004, n’a jamais accusé « la main de Dieu » d’être responsable de cette catastrophe naturelle. Pour elle, la foi, dans ce contexte, est même un « cadeau » : « Elle me permet de rester dans un . Je n’ai ni plus ni moins de doutes qu’il y a cinq ans. Quand je pense à mes enfants, je pense forcément à Dieu. Je ne peux pas imaginer qu’ils sont dans le néant. J’ai appris à vivre la communion des saints. Pour moi, le vide s’est transformé en plein. »





« N’ayez pas peur d’être des saints ! »

2 11 2009

Ce dimanche, fête de la Toussaint, lors de la prière de l’Angélus, place Saint-Pierre, Benoît XVI a souligné l’importance de cette fête liturgique de « Tous les Saints », à la veille de la commémoration des morts. Benoît XVI a invité les hommes à suivre “avec joie” et “sans complexes ni médiocrités” le Christ, les rendant “conformes à son image et obéissants en tout à la volonté du Père”. “N’ayez pas peur d’être des saints !”, a-t-il lancé aux pèlerins venus nombreux place Saint Pierre. À l’occasion de cette fête de tous les saints, le Pape a invité les hommes à “contempler les meilleurs enfants de l’Eglise, qui nous stimulent avec leur exemple”.





Benoît XVI : la construction européenne et la mondialisation doivent “servir tout l’homme et tous les hommes”

2 11 2009

La chute du mur de Berlin et la mondialisation sont les deux principaux thèmes abordés par le Pape lors de la remise ce samedi matin au Vatican des lettres de créances du nouvel ambassadeur de Bulgarie près le Saint-Siège, Nikola Kaludov. Benoît XVI, avant de revenir sur ces deux sujets, a tout d’abord tenu à souligner les bonnes relations qu’entretiennent la Bulgarie et le Saint-Siège depuis le voyage de Jean-Paul II à Sofia en 2002.





“Les guerres de l’eau seront des guerres civiles”

29 10 2009

Frédéric Lasserre : Il y a deux types de guerre de l’eau qui circulent dans la littérature, que j’ai abordés dans mon ouvrage. On parle souvent des guerres de l’eau comme des conflits possibles entre des Etats. Ce type de guerre de l’eau n’est jamais arrivé pour le moment, ou en tout cas très rarement. Ce qui me semble plus vraisemblable au XXIe siècle, ce serait plutôt des conflits, de très fortes tensions entre différentes composantes de la société, donc plutôt des guerres civiles.

Ginger : Que pensez-vous du dernier rapport d’Amnesty International concernant la manière dont Israël gère les ressources en eau en Cisjordanie et à Gaza ? Pensez-vous que ce rapport soit objectif ?
 

Frédéric Lasserre : Oui, je pense que c’est objectif. Ce n’est pas une nouveauté. On sait depuis plusieurs années qu’Israël favorise ses propres usages et les usages des colons juifs dans les territoires occupés, au détriment des usages des Palestiniens. Il est vrai que les agriculteurs israéliens ont souvent investi dans des systèmes d’irrigation performants. Mais il est indiscutable que les Palestiniens ne contrôlent pas leur accès à l’eau, ce qui alimente leur colère.

Babibel : La question du chat, “les guerres de l’eau auront-elles lieu”, sous-entend qu’il n’y a pas encore eu de guerre de l’eau… Est-ce vrai ?
 

Frédéric Lasserre : C’est difficile de répondre, dans la mesure où il faudrait faire une analyse détaillée des archives historiques de beaucoup de régions différentes. Il y a très peu de guerres de l’eau entre Etats documentées. Il y en a eu une dans la très haute Antiquité en Mésopotamie, il y en a eu une au XVIIIe siècle en Asie centrale entre deux émirats. Certains analystes soulignent aussi le rôle du conflit sur le Jourdain dans l’éclatement de la guerre des Six Jours en 1967. Mais l’eau n’était pas le principal facteur de conflit. A part ces trois exemples, il n’y a pas eu de guerre entre Etats pour l’eau pour le moment.

Jblecanard : Dans quelle mesure les pays développés européens sont-ils concernés par “les guerres de l’eau” ?

Frédéric Lasserre : Assez faiblement, effectivement. Il y a des mécanismes d’adaptation dans la plupart des pays développés, qui font que la rareté n’est pas une source potentielle de conflit violent. Le risque de conflit civil est beaucoup plus présent dans les pays en développement, où les capacités techniques, sociales, financières à la rareté sont plus rares.

Jo : Pouvez-vous citer quelques régions qui auront une “guerre de l’eau” ?

Frédéric Lasserre : Il est difficile de prédire où des conflits vont éclater. On peut retenir un certain nombre de régions où le risque est élevé : dans le bassin du Nil, par exemple, dans le sous-continent indien, en Asie centrale, en Chine du Nord, dans le nord du Mexique.

Eucharis : Quel est votre point de vue sur les nappes phréatiques en Inde ?

Frédéric Lasserre : Les nappes phréatiques en Inde, comme dans d’autres régions, sont souvent surpompées pour satisfaire à la fois les besoin d’eau potable, mais surtout pour l’irrigation. C’est un bon exemple qui souligne à quel point le problème de l’eau dans le monde est surtout un problème dans l’agriculture. Essayer de prévenir les conflits liés à l’eau, c’est donc souvent se poser la question de la transformation des pratiques agricoles.

Thierry_chapin : Ne pourrait-on pas renflouer la mer d’Aral , les lacs asséchés (type lac Faguibine) et exploiter ainsi de nouvelles terres en favorisant l’agriculture vivrière ?

Frédéric Lasserre : Remettre la mer d’Aral à son niveau d’avant 1960 me paraît une entreprise impossible. Cela voudrait dire cesser pratiquement l’irrigation en Asie centrale. Et à la fois pour des raisons financières, économiques et sociales, aucun gouvernement de la région ne l’acceptera. Ce serait déjà remarquable d’arriver à arrêter le déclin de la mer dans son état actuel. Essayer de réutiliser les superficies qui sont apparues après le retrait de la mer suppose aussi de disposer d’assez d’eau pour irriguer ces régions, et de nettoyer le sol, qui est incrusté de sel.

Thierry_chapin : Les eaux fossiles en Libye appartiennent-elles vraiment seulement à la Libye ou les nappes traversent-elles les frontières ?

Frédéric Lasserre : Certains aquifères dans le sud de la Libye sont uniquement en territoire libyen mais d’autres sont aussi sur le territoire du Tchad, de l’Egypte et du nord du Soudan. L’exploitation rapide de ces aquifères par la Libye suscite déjà le mécontentement du voisin égyptien.

Pedro : Comment les Etats peuvent agir face à la géopolitique de l’eau qui est un problème global et qui ne relève donc pas de la souveraineté nationale ?

Frédéric Lasserre : Je ne pense pas que la géopolitique de l’eau soit un problème qui ne touche pas à la souveraineté des Etats. On ne pourra pas faire admettre aux Etats qu’ils n’ont plus du tout de souveraineté sur l’eau. Il vaut mieux les amener à négocier des accords de partage des eaux transfrontalières, et à coopérer pour optimiser les usages de l’eau. Plutôt que d’essayer de leur faire admettre une perte totale de souveraineté sur la ressource.






Les chants de la messe en quelques clics

29 10 2009

Lancé ce mois-ci, le site Chantons en Église met en ligne partitions et musiques de 1 500 chants liturgiques et ambitionne de devenir le site de référence de la musique liturgique.

« Béni sois-tu Seigneur pour ton Église », « Écoute la voix du Seigneur », « Peuple de lumière »… : ce sont quelques-uns des 27 chants d’accueil que propose Chantons en Église, le nouveau site de Bayard lancé par Prions en Église, Signes musiques et ADF-Studios SM, pour la seule liturgie de la Toussaint, ce dimanche. Des chants dont on peut, au choix, lire les paroles, visionner la partition ou écouter un court extrait en MP3, avant de faire son choix et de passer à l’étape suivante de la liturgie… Et ainsi de suite jusqu’au chant d’envoi. À la fin, après avoir proposé d’imprimer la feuille de chants, le site permet alors de télécharger les partitions manquantes (1,99 € chaque) et les fichiers MP3 (0,99 € chaque). Si les chants proposés actuellement proviennent surtout du répertoire des revues Bayard et des éditions ADF-Studios SM (les chants du Renouveau charismatique, ou de Taizé, par exemple sont peu présents), Chantons en Église est appelé à s’enrichir. « Pour démarrer, nous avons mis en ligne une base de 1 500 chants, ainsi que ce dont nous disposions comme enregistrements et partitions », explique Dominique Pierre, rédacteur en chef-adjoint de Signes musique.

Travail pédagogique

Mais d’ici six mois à un an, la base devrait déjà permettre d’accéder à près de 5 000 chants. À terme, le site ambitionne de mettre en ligne l’ensemble du fond du Secrétariat des éditeurs de chants pour la liturgie (Sécli), qui gère les droits de reproduction des partitions pour la liturgie, soit 12 000 chants qui seront enrichis de leurs partitions et de leurs fichiers sons. Le plus gros travail de Chantons en Église a été d’ordre pédagogique. Car si le site s’adresse aux « pros » de la liturgie, ceux qui préparent dans leurs paroisses la liturgie du dimanche (sur certains chants, on peut ainsi écouter des extraits de chacune des quatre voix de la polyphonie, outil bien pratique pour les chefs de chœur), il veut aussi toucher le grand public. Et notamment tous ceux qui préparent baptême, mariage ou funérailles
Chantons en Église propose des modules pour toutes ces situations, accompagnant le choix des chants de conseils pratiques. « L’idée est de permettre une utilisation à bon escient des chants, en fonction de la liturgie », explique Dominique Pierre. Chaque titre est ainsi accompagné d’une fiche pratique qui explique le chant, rappelle ses références bibliques et suggère à quel moment de la messe et au cours de quel temps liturgique il est préférable de le chanter.





300 jeunes à Berlin pour faire tomber les murs d’hier et d’aujourd’hui

28 10 2009

notiziaEn cette année anniversaire, organiser ce rassemblement de 300 jeunes européens (dont un tiers de Français) à la Jerusalemkirche, l’église de Jérusalem, au centre de Berlin, tout près de l’ancienne frontière Est-Ouest, est rien moins que symbolique. « C’est là que des peuples séparés ont pu se retrouver, ouvrant ainsi un chemin de rencontres, de futur. Ce rassemblement intitulé ‘Over the walls’ (« Par delà les murs ») est une manière d’inviter les jeunes à regarder ces murs de l’histoire, murs de Berlin mais aussi murs d’Israël et du Mexique, en mesurant les effets qu’ils ont sur la vie des hommes, les empêchant de vivre pleinement », commente Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes et président de Pax Christi France.

Des richesses des deux côtés

Une large place sera bien sûr laissée à la mémoire du passé avec une balade sur les traces du mur et une conférence-débat sur l’Europe au temps du rideau de fer. Avec des personnes de l’Europe de l’Est, Noël Choux, prêtre-journaliste apportera son témoignage singulier. A l’époque de la guerre froide, il a eu l’occasion de participer à des rencontres entre prêtres-travailleurs des deux côtés du rideau de fer, nouant de solides amitiés à l’Est, notamment avec Mgr Vlk qui fut laveur de carreaux avant de devenir archevêque de Prague et responsable des médias catholiques. Actuellement producteur délégué de l’émission « Le Jour du Seigneur », Noël Choux se réjouit de l’initiative de ce rassemblement de Berlin. «Vingt ans, commente-t-il, c’est à la fois long et court. On n’a pas encore mesuré les richesses qui étaient accumulées de chaque côté du mur. C’est important d’en rendre compte auprès de jeunes à peine nés à la chute du mur ».

Le Christ a fait tomber les murs de la haine

Mais ce qui est surtout en jeu, c’est de comprendre le monde et d’éviter la construction de nouveaux murs (pays divisés, clivages sociaux, fracture Nord-Sud, absence de dialogue entre religions). Ou au moins permettre que la solidarité les franchisse. Ainsi, pour la deuxième conférence-débat « Un autre mur aujourd’hui… celui du Moyen-Orient », Anne-Cécile Duponcheel, de la Mission de France Jeunes, apportera son point de vue. Anne-Cécile est présidente de l’association « Fosses-Bil’in », sa commune du Val d’Oise, Fosse, étant partenaire d’un village palestinien Bil’in, dont les terres agricoles se situent de l’autre côté du mur séparant Israël des territoires palestiniens. Passionnée d’histoire, elle n’a vraiment découvert profondément bouleversésde l’Est qu’en recevant des Polonais lors d’une rencontre de la communauté de Taizé. En juillet 2008, elle a été très marquée par son séjour à Bil’in, à la fois par la violence psychologique ressentie et par la résistance pacifique du village. Comme eux, Anne-Cécile croit en la non-violence pour faire bouger les choses. Evoquant les étudiants revenus profondément bouleversés de leur pèlerinage en Terre sainte en juillet dernier, Mgr Stenger rappelle que « la vraie paix n’est pas seulement de mettre fin aux situations de violence mais de pouvoir vivre en harmonie. Commentant ce mur édifié pour séparer Israël de la Palestine, Jean-Paul II nous avait donné une réponse : il vaut mieux construire des ponts. Le mur sépare, isole et entretient les peurs, les préjugés, empêche la liberté de l’homme, son accomplissement. C’est d’ailleurs frappant que dans l’Epître de Saint Paul aux Ephésiens (2, 14), il soit associé à la haine (« C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, Israël et les païens, il a fait un seul peuple ; par sa chair crucifiée, il a fait tomber ce qui les séparait, le mur de la haine ») Je pense que ces jeunes vont être des apôtres de la destruction des murs. Cette rencontre les aidera à comprendre les murs qu’on a tous dans notre vie et à passer au-delà ».

Une rencontre à dimension spirituelle

D’autres invités porteront ce message d’espérance : un jésuite berlinois initiateur de rencontres spirituelles interreligieuses, un bénévole à Calais auprès des migrants, des jeunes libanais…
Prière et célébration œcuméniques, temps festifs, ateliers créatifs, carrefours et temps libres avec les familles d’accueil, sont également au programme de ces trois jours placés sous le parrainage de Jacques Delors et Vaclav Havel et financés en partie par l’Union européenne.   « Mémoire, Histoire, Actualité… A chacun, chacune, de les faire jouer entre elles, pour que jaillissent en eux les forces spirituelles qui peuvent changer le monde », propose Patrick Salaün, de la Mission de France, pour le collectif de mouvements organisateurs. Pour Mgr Stenger, « même si on n’est pas chrétien, le mur a la même signification à partir du moment où on a une certaine conception de l’homme. La perspective fondamentale, c’est d’aller à la rencontre de l’autre. Cette fraternité est la seule bonne manière de s’accomplir en tant qu’homme ».





Attribution du prix Paul VI aux éditions « Sources chrétiennes »

27 10 2009

Le prix Paul VI, pour sa sixième édition a été attribué par l’Institut du même nom aux éditions « Sources chrétiennes ». Le prix sera remis par le Pape le 8 novembre prochain. C’est ce qu’annonce le communiqué de presse que nous reproduisons ci-après. Ce même prix Paul VI avait été attribué lors de ces éditions précédentes : en 1984 au théologien Hans Urs von Balthasar (1905 – 1988) ; en 1988, à Olivier Messiaen (1908 – 1992) ; en 1993 à Oscar Cullmann (1902 – 1999) ; en 1997 à Jean Vanier (1928) ; en 2003 à Paul Ricoeur (1913 – 2005).

Communiqué de presse
pour la sixième édition
du Prix International Paul VI 2009
attribué à « Sources Chrétiennes ».

Le comité scientifique et le comité exécutif de l’Institut Paul VI, après une évaluation attentive des nombreuses candidatures a décidé à l’unanimité d’attribuer cette année le Prix International Paul VI aux éditions françaises « Sources Chrétiennes ». Ce choix se veut être une reconnaissance de l’engagement des éditions « Sources Chrétiennes » dans la redécouverte et la publication des sources chrétiennes et médiévales. Le prix sera remis par S.S. Benoît XVI au cours de l’inauguration du nouveau siège de l’institut Paul VI à Concesio, dans l’après midi du 8 novembre 2009. C’est en effet en allant à la découverte de la période apostolique et patristique que l’on apprend le sens universel et unitaire de la civilisation chrétienne, ainsi que les efforts d’organisation, de formation et les efforts pastoraux accomplis par l’Église. La collection des écrits patristiques, qui se compose aujourd’hui de plus de 530 volumes, a ainsi aidé à renouveler l’appréciation et la compréhension de la tradition dans laquelle sont enracinées la pensée chrétienne et la vie ecclésiastique : une tradition qui doit être appréciée dans toute son ampleur et dans la variété des ses expressions. L’entreprise éditoriale entamée en 1942 par Henri de Lubac et Jean Daniélou a, comme l’indique la mention remise, « une importante signification culturelle, éducative, théologique et ecclésiastique » parce qu’elle favorise la « recherche historique en nous proposant une documentation des moments essentiels du développement de la pensée et elle permet d’éclairer la rencontre féconde entre le message chrétien et la culture antique ».





Visite de Benoît XVI à Turin le 2 mai 2010

27 10 2009

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C’est l’archevêque de Turin qui l’a annoncé, ce matin, dans un message publié par le Bureau de presse du Saint-Siège : alors que l’ostension du Suaire est prévue du 10 avril au 23 mai, le Pape Benoît XVI se rendra le 2 mai prochain à Turin pour y « exprimer encouragement et espérance à ceux qui sont dans l’attente d’un emploi » dans cette ville qui a toujours été considérée une « ville du travail et de l’industrie », mais qui souffre plus qu’ailleurs « des conséquences d’un crise étendue et prolongée ».
Le Pape se recueillera en prière devant le Suaire de Turin, avant de célébrer la messe pour tous les pèlerins, place Sain-Jean, d’où il récitera également l’Angélus. Dans l’après-midi, le Souverain pontife rencontrera les jeunes dans l’église du Saint-Visage puis rendra une brève visite aux hôtes de la Petite Maison de la Divine Providence fondée par Joseph-Benoît Cottolengo.





Dans les diocèses, le motu proprio a fait tomber certains murs

27 10 2009

Depuis l’entrée en vigueur du motu proprio Summorum pontificum, en septembre 2007, rares semblent être les intégristes qui ont évolué. Et ceux qui ont quitté l’entourage de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) pour rallier un diocèse rechignent à en parler. Sollicités par La Croix, ils disent préférer tourner radicalement la page, tant la rupture a suscité d’incompréhensions auprès de leurs proches et conduit souvent à des situations familiales très douloureuses. Pour la grande majorité des Sollicités par La Croix, si le motu proprio a favorisé leur bienveillance à l’égard de Benoît XVI, il n’a en revanche rien changé dans les esprits ni dans les faits. Au contraire, alors que le dialogue théologique s’est ouvert lundi entre Rome et la FSSPX, la plupart attendent que le Vatican se range à leurs positions. « Je vais de temps en temps dans une paroisse de la Fraternité Saint-Pierre (NDLR : regroupant des prêtres lefebvristes ralliés à Rome) ou du Christ-Roi (NDLR : congrégation traditionaliste), il m’est arrivé aussi d’assister à la messe de Paul VI, mais je ne communie pas, témoigne Anne-Élisabeth, 23 ans, étudiante, paroissienne de Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris. On espère vraiment une remise en cause de certaines interprétations de Vatican II. » Même son de cloche chez Audrey, 25 ans : « Le combat que je mène est le bon. On ne bougera pas. Au contraire, c’est le début d’un retour à la Tradition. Un jour, la “messe moderne” n’aura plus cours. J’ai confiance à 100 % dans mes évêques. » “Un effet psychologique positif” « On n’a pas observé de passages de familles entières dans les diocèses, confirme un prêtre de Versailles proche des milieux traditionalistes. Le motu proprio a eu un effet psychologique positif, les gens se sont sentis compris. Mais l’influence des pasteurs dans ces milieux est très forte et, tant que l’un des quatre évêques intégristes ne bougera pas, il n’y aura pas de mouvement. » Si le motu proprio est loin d’avoir eu les effets escomptés côté intégriste, dans les rangs traditionalistes, en revanche, les lignes se déplacent. La libéralisation de la « forme extraordinaire » (72 lieux de culte ont été ouverts en deux ans au Missel de saint Pie V) a commencé à apaiser les esprits. « Nous qui avons vécu très douloureusement ce chambardement de la liturgie après le Concile, nous constatons qu’il y a moins d’animosité ou de regards de travers », témoigne Jean-Louis Laureau, paroissien de la cathédrale d’Angers où l’évêque a nommé recteur un ancien membre de la Fraternité Saint-Pierre, l’abbé Bruno Le Pivain. Certes, des groupes, minoritaires mais très actifs sur Internet, continuent à revendiquer avec insistance de nouveaux lieux de culte. Mais on observe globalement un début de décloisonnement des milieux « tradi ». À une semaine de leur Assemblée plénière à Lourdes, les évêques interrogés par La Croix n’ont pas souhaité donner leur sentiment à ce sujet. Divisions internes « Les jeunes circulent d’une paroisse à l’autre, sans se poser les mêmes questions que leurs aînés : on retrouve les mêmes dans des communautés comme l’Emmanuel et au pèlerinage traditionaliste de Chartres, remarque le P. Pierre-Hervé Grosjean, vicaire à Houilles (Yvelines). C’est même déstabilisant pour leurs prêtres et leurs parents. Ils ne sont plus dans les catégories ecclésiales qu’on connaissait. » Jeune chef d’entreprise, adepte de la liturgie traditionaliste au Chesnay (Yvelines), Hervé Savy appuie : « Notre génération “Jean-Paul II” ne se retrouve pas dans des guerres de tranchées qu’elle n’a pas vécues. L’essentiel pour nous est de témoigner du Christ, chacun avec sa sensibilité. » Signes de ce décloisonnement, qui ne va pas sans divisions internes au sein du monde traditionaliste, la demande récente de certains prêtres de ces communautés d’être incardinés dans les diocèses. Ainsi l’abbé Tancrède Leroux : issu de la première génération de la Fraternité Saint-Pierre, aujourd’hui recteur de l’église Saint-Georges à Lyon, il appartient à l’association diocésaine Totus tuus, érigée en octobre 2007 pour des prêtres attachés à la « forme extraordinaire » et dont le cardinal Barbarin vient de reconnaître les statuts. « J’avais le désir d’œuvrer en pleine communion avec le diocèse, explique-t-il. Les liens de confiance tissés avec le cardinal Billé puis son successeur m’ont fait évoluer. » Même parcours pour l’abbé Gérald de Servigny, vice-chapelain de Notre-Dame-des-Armées, qui a quitté la Fraternité Saint-Pierre pour participer de manière plus étroite à la vie du diocèse de Versailles en octobre 2008, au terme d’une longue réflexion : « Pendant quelques années, dans le diocèse de Périgueux, je me suis rendu compte qu’on ne pouvait pas s’enfermer dans un petit monde, que le dialogue était nécessaire, même s’il n’est pas toujours très facile. » Aujourd’hui, il célèbre toujours selon la forme extraordinaire du rite romain, mais concélèbre avec l’évêque pour la messe chrismale. “Un monde de plus en plus pluriel” « Nous avons gardé le même ministère, puisque nous nous occupons des mêmes fidèles, mais nous confrontons davantage nos approches », précise l’abbé de Servigny. Le chef de chœur de sa chapelle confirme : « Nous essayons d’enrichir nos programmes de chant, par exemple avec ceux du Renouveau charismatique, tout en gardant cette dimension d’intériorité et de silence qui nous est propre », explique Michel Lefebvre, investi par ailleurs dans un groupe de réflexion autour des questions de bioéthique créé par l’évêque. Comme lui, bien des fidèles ont suivi. « Le motu proprio nous a aidés à leur faire comprendre notre démarche, et cela les a rassurés, souligne l’abbé Gérald de Servigny. Dans toutes ces querelles, en effet, il y a de part et d’autre beaucoup de peurs pas très rationnelles. Le monde traditionaliste est de plus en plus pluriel. Un jour, il s’intégrera complètement dans la vie diocésaine. »





Nouvelle phase dans le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X

26 10 2009

C’est une nouvelle phase qui vient de s’ouvrir : le dialogue théologique avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X a débuté aujourd’hui au Vatican. Les discussions se sont déroulées à huis clos. Mais après l’énorme polémique qui avait entouré la levée des excommunications des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre, la Commission Ecclesia Dei a choisi de publier un communiqué, tandis que le Directeur du bureau de presse du Saint-Siège a accepté de répondre aux journalistes.